L’heure est au labour!

Le labour est souvent décrié parce qu’il ne respecterait pas le sol. Pour comprendre ce qu’implique le labour, il est nécessaire d’abord de comprendre de quoi il s’agit. Le labour, concrètement, se fait à la charrue (1e photo), il découpe une tranche de terre et la repose sens dessus dessous. Le déchaumeur (2e photo), car nous en parlerons, est quant à lui un outil à dents ou à disques qui gratte le sol pour scalper les plantes présentes ou mélanger les chaumes (les restes de cultures déjà moissonnées) à la terre.

Une fois ces bases posées, il est indispensable de cerner ce qu’est l’agriculture en termes de dynamiques écologiques et comment fonctionnent les sols : la majorité des espèces que nous cultivons dans les champs pour nous nourrir sont des plantes annuelles. Ce sont des espèces pionnières qui n’aiment pas pousser dans un sol occupé par d’autres espèces végétales, elles ne tolèrent pas la concurrence, elles ont besoin de lumière et de place pour que leurs racines puissent capturer l’eau et se nourrir. Or sous nos latitudes un milieu évolue naturellement vers la forêt. Les successions sont d’abord des plantes annuelles, comme le coquelicot ou les chénopodes, puis des pérennes comme les chardons ou le liseron. Viennent ensuite les ronces et les buissons et enfin les forêts. Une parcelle agricole est donc un milieu instable qui tend à redevenir une forêt.

Notons aussi que le labour est à l’origine lié aux cultures annuelles (les grandes cultures) et non pas aux cultures pérennes comme l’arboriculture.

Pour semer nos plantes cultivées annuelles (céréales, oléagineux, moutardes, légumes secs, méteils, etc.), il nous faut donc un sol avec le moins de compétition possible. En agriculture chimique on met un désherbant avec toutes les conséquences que ça implique pour notre santé et celle des vivants du milieu. En agriculture biologique, sans désherbant chimique, notre grande contrainte sont donc les adventices (les fameuses plantes annuelles qui entrent en compétition avec celles qu’on veut faire pousser nous !). Si on réduit le travail du sol par l’absence de labour, on augmente la quantité d’adventices. Moins on laboure, plus on a d’enherbement, moins le sol est propice à la germination et à la croissance des plantes que l’on veut cultiver, et moins on a de rendement. Et assez rapidement, la concurrence est trop forte et on ne peut même plus semer.

Plus globalement, un labour permet :
– d’incorporer de l’air dans le sol
– de structurer le sol (par le gonflement/dégonflement des argiles en hiver)
– d’augmenter la capacité de rétention de l’eau dans le sol
– de se débarrasser des adventices annuelles
– et il favorise la minéralisation (c’est la dégradation de la matière organique du sol par les mollusques, les insectes, collemboles, puis acariens et enfin champignons pour la rendre disponible aux végétaux lorsque les sols sont réchauffés et humides).
Mais plus on laboure, c’est-à-dire, plus un sol est à nu, plus les nitrates sont lessivés. Et plus on laboure, c’est-à-dire, plus on retourne les horizons, plus la vie du sol est perturbées. L’agriculture, c’est une toujours question de compromis entre des avantages et des inconvénients liés à des pratiques.

Revenons en arrière. Le Dust bowl est situé sur une ancienne plaine d’herbe à bison aux Etats-Unis qui a été entièrement labourée au début du siècle dernier pour des cultures de céréales. Suite à plusieurs années de sécheresse, le milieu s’est transformé en bassin de poussière (le fameux Dust Bowl) et a créé une famine sans précédent dans les années 1930. Leur seule solution aujourd’hui est de ne plus labourer pour éviter que les sols ne repartent en poussière dans ce milieu aride.

Cette agriculture sans labour ne marche pas partout. En Europe elle est complexe parce le climat est tempéré, les hivers froids et les couverts végétaux en hiver pénalisent les cultures de printemps (haricots, lentilles, pois chiches, maïs par exemple) car les sols ne se réchauffent pas. De plus, dans notre région où les sols sont argileux, on laboure certaines parcelles à la charrue avant l’hiver pour casser les mottes : les alternances de frais/froid font gonfler/dégonfler les argiles et cassent ainsi les énormes mottes de terre que l’on aperçoit en début d’hiver. On peut ensuite semer les cultures de printemps sur un sol « propre » lorsque la chaleur revient. Pour les cultures d’hiver comme les céréales, dans notre contexte pédoclimatique, on peut se permettre de semer sans labour parce qu’à l’automne les sols sont encore chauds et aérés. Un simple passage au déchaumeur suffit.

Par ailleurs il n’est pas nécessaire de labourer 100 % de son assolement chaque année. Si on inclut des bêtes, on a forcément des prairies, si on diversifie ses cultures, on a des cultures d’hiver, des cultures de printemps et des cultures pérennes (un verger par exemple). Sur la ferme on ne laboure que 30 % de nos surfaces chaque année. Ce qui permet de continuer à cultiver des annuelles mais limite le lessivage. Une question de compromis.

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Une réflexion sur “L’heure est au labour!

  1. Dominique Ducreau dit :

    Bonjour
    Je suis administrateur Terre de Liens en Bourgogne Franche Comté non issu du milieu paysan et je trouve vos articles très pedagogiques

    J’aime

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