En septembre sur la ferme

Par Maxime Zucca

La chaleur est derrière nous et les pluies de fin d’été ont bien arrosé les sols, qui restent toutefois très secs. Le Guimand ne coule toujours pas. Tous les tournesols ont été moissonnés fin août et début septembre. Côté graminées, ne reste que le Millet, qui est encore en place, et qui a très bien résisté à la sècheresse. Nous sommes à la pleine époque des figues, pommes, poires, prunes dans le verger et les cueillettes se succèdent. Des fauches de luzerne pour l’hiver ont été poursuivies et le colza a été semé, ainsi des engrais verts.

Les oiseaux migrateurs se succèdent : le début du mois a vu de gros passages de Gobemouches noirs, qui étaient fréquemment plus de 20 sur la ferme. Les Pipits des arbres, Bergeronnettes printanières, Tariers des prés, Traquets motteux, Cailles des blés font halte en petit nombre. Nous avons même observé quelques Locustelles tachetées en faisant les foins, et deux Phragmites des joncs dans le petit marais – une espèce qui n’avait encore jamais été observée sur la ferme. Quant au piège photo installé sur la toute petite zone inondée, il a révélé la présence de deux Bécassines des marais et d’un Râle d’eau ! Le Faucon hobereau et le Circaëte Jean-le-Blanc viennent quotidiennement chasser sur la ferme, et le Martin-pêcheur poursuit son stationnement sur le petit étang depuis près d’un mois.

Ce week-end, 9 naturalistes, de 22 à 83 ans, se sont joints à nous pour poursuivre les inventaires. Pierre, spécialiste des coléoptères aquatiques, est venu écumer toutes les mares et ruisseaux avec ses épuisettes. Christophe, arrivant de Gap, a recherché les mouches de toutes sortes. Emilien a suivi les animaux domestiques pour rechercher les coléoptères coprophages. Nathan s’est essayé au recensement des lichens et des larves d’insectes aquatiques. Romain s’est dédié aux papillons de nuit, Elise aux papillons de jour et aux odonates. Lucien, aux araignées, punaises, fourmis, cloportes. Et deux jeunes débutantes venaient apprendre avec eux.

Malgré le mistral persistant et la chute des températures, ce fut l’occasion de nombreuses nouvelles découvertes. Plusieurs papillons de jour que nous n’avions pas encore observé cette année se sont montrés : le Machaon, l’Azuré de Lang, le Soufré et l’Hespérie des sanguisorbes. De nouveaux papillons de nuit ont fait leur apparition, tant au piège lumineux qu’en plein jour, tel que cette magnifique Déplacée (Catocala elocata). Une visite de la cave pour y rechercher araignées et autres scutigères a permis d’observer deux Petits Rhinolophes, qui étaient toutefois déjà connus. Les cortèges de fourmis et d’araignées feront l’objet d’un post dédié prochainement, mais notons la découverte d’un petit cloporte entièrement blanc, commensal des fourmilières : Platyarthrus hoffmannseggii. Si le temps n’était pas idéal pour les diptères, la belle Eristale aux yeux rayés (Eristalinus taeniops) s’est montrée, ainsi que la Mouche à plume (Trichopoda pictipennis), une tachinaire parasitoïde que l’on observe en fin de saison et qui pond dans le corps des punaises Nezara viridula ; elle nous arrive d’Amérique et avait été introduite il y a longtemps dans le cadre de la lutte biologique contre ces punaises, elles-mêmes introduites accidentellement.

L’inspection des mares a permis d’y découvrir une Ranatre, que nous n’avions pas encore observée sur la ferme, et de constater que les nouvelles mares accueillaient de nombreuses larves de libellules. Une petite vingtaine d’espèces de coléoptères aquatiques différentes ont été trouvés par Pierre. L’épuisette a parfois également capturé quelques poissons : une épinoche ici, une Loche franche là… Les plaques reptiles ont accueilli pour la première fois la Couleuvre vipérine, que nous avions déjà observé cette année dans une des mares. L’automne est aussi marqué par l’arrivée de plusieurs gros criquets du genre Locusta, les Criquets cendrés. Il y a deux semaines, nous observions un étrange criquet, la Truxale méditerranéenne, qui n’avait encore jamais été observé sur la ferme et dont la limite nord de l’aire de répartition se trouve dans la région de Montélimar. Ces deux espèces sont à ajouter aux 27 espèces de sauterelles, criquets et grillons trouvées cet été sur la ferme par Eric Sardet et Olivier Lannès.

La découverte la plus espérée a toutefois été réalisée juste après le week-end, par Sébastien, de nuit : un Crapaud calamite a fait une apparition juste devant sa maison. Nous attendions que cette espèce à forte capacité de dispersion soit attirée par les nouvelles mares créées cette année ! Cet individu en visite est peut-être le premier d’une série !

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